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dimanche 24 octobre 2021

Leçon espiègle d'histoire : Disparu !, de Sylvain Venayre (facécie n°1)

 


En règle très générale, les habilitations à diriger, dernière marche pour obtenir le grade de Professeur d'université, ne prêtent pas à sourire. IL s'agit en effet d'une affaire d'importance qui conduit l'impétrant au sommet du cursus universitaire, à défaut de lui garantir la gloire. Et pour justifier cette distinction, Sylvain Venayre a dû se plier comme ses confrères à une espèce d'introspection professionnelle connue sous le nom d'ego-histoire et prescrite par cet examen ultime, histoire de démontrer ses capacités intellectuelles de haut niveau.

Seulement, au lieu d'emprunter comme nombre de ses confrères une voie conventionnelle, il en a fait un exercice de style, et prenant le contre-pied de son directeur de thèse Alain Corbin, qui avait fait sortir de l'ombre un parfait inconnu, lui a décidé de faire disparaître la personne qu'il connaît probablement le mieux : lui-même.

Le monde retrouvé de Louis-François Pinagot, d'Alain Corbin était l'essai de reconstituer le monde où cet homme pris au hasard évolua toute sa vie.

Disparu ! est une enquête d'un autre genre pour reconstituer le parcours académique d'un historien dans toutes ses dimensions. Non pas une introspection, mais une véritable enquête policière sur l'historien, son existence académique, les motivations de ses choix de recherche, ses méthodes.

Parfois légèrement déroutant (parler de soi à la troisième personne sans se prendre pour César est un tour de force), cet angle de traitement du sujet a de très bons côtés. Car enfin, rédigé sur un mode conventionnel, quel ennui pour les lecteurs non-spécialistes que ce travail de retour sur sa carrière. Et bien qu'à ce niveau d'enseignement, lesmembres du jury réclament un certain style littéraire, la fantaisie dont a fait preuve Sylvain Venayre n'est pas de mise habituellement.

Heureusement, il n'est pas de ceux qui aiment les choses convenues. Passionné de ces petites enquêtes annexes de la grande histoire, il s'est déjà fait détective pour nous livrer, à mi-chemin entre son travail d'historien et la fantaisie littéraire, une version des trois mousquetaires du point de vue de Milady en bande dessinée (Milady ou le mystère des Mousqutaires, dessins de Frédéric Bihel, chez Futuropolis), accompagnée d'une préface et d'une postface retraçant minutieusement l'enquête qui aboutit aux révélations fracassantes sur cette œuvre pourtant mondialement connue.C'est aussi le co-auteur avec Étienne Davodeau du premier tome de l'histoire dessinée de la France, chroniquée sur ce blog à sa sortie, qui mêlait déjà histoire et même historiographie et bande dessinée.

On ne regrettera d'ailleurs qu'une seule chose dans le dossier de la disparition de Sylvain Venayre : qu'il ait escamoté ces deux ouvrages dans la présentation de l’œuvre du disparu. Mais c'eût été sans doute pousser la plaisanterie un peu trop loin pour un exercice qui se devait tout de même de rester académiquement compatible.

Après tout, nous n'étions plus à une disparition près, et le reste, sans sacrifier aux contraintes de l'exercice, reste un moment plaisant de lecture pour tout historien sachant apprécier les pas de côté.

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