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mardi 18 octobre 2016

Néanderthal à tous les étages, ou trois livres pour une chronique

Néanderthal par J.H. MacGregor
J'ai des passades. En ce moment, c'est Néanderthal qui a mes faveurs. Oui, le type, là, en chapeau... ou presque. Je me suis laissée séduire par la savante prose de Marylène Patou-Mathys, une des grande spécialiste du bonhomme en France. J'ai donc d'abord lu consciencieusement son ouvrage savant, Néanderthal, une autre humanité, avant de me plonger plus tard, au gré d'une visite au musée des Eyzies de Tayac dans son délicieux Madame de Néanderthal, journal intime, co-écrit avec une journaliste, Pascale Leroy.

Autant le premier ouvrage nous raconte l'histoire de cet humain à la fois très différent et très semblable, dans un style agréable mais tout de rigueur scientifique, autant le second est un concentré d'humour vulgarisateur. Prenant le point de vue de la solide Brune, les deux auteures décrivent la vie quotidienne d'une tribu de Néanderthaliens, ses joies et ses peines, et bien sûr l'arrivée d' une espèce de Zigues inconnue, frappant par leur laideur et leur maigreur, encore que, en y regardant à deux fois... Raconté sur le ton de la confidence (ce n'est pas parce qu'on n'a pas encore inventé l'écriture qu'on devrait se dispenser de tenir un journal intime), le récit de Brune explore les repas quotidiens, les rapports dans la grotte, les douleurs, les frayeurs, les amours et les contrariétés de tout ce petit monde, mais aussi les grandes décisions à prendre, avec les anciens gâteux ou les jeunes va-t-en-guerre, et puis la mort...
Enfin, pour terminer cette exploration, une enquête journalistique mêle reconstitutions et réactions des scientifiques. C'est le livre du journaliste Éric Pincas, Qui a tué Néanderthal ?. L'ouvrage n'est pas sans me rappeler, sur la forme, ce délicieux documentaire qui a fait les délices de quelques élèves de Laon, Macchabées, où un journaliste part à la découverte de son sujet pas après pas.  Éric Pincas fait, lui, le tour de la question de l'extinction de notre cousin en humanité, 10.000 ans après la première rencontre avec nos ancêtres Cro-Magnon. Il emprunte pour cela un artifice narratif, nous plongeant dans la transe d'un chamane sibérien pour mieux décrire des scènes suggérant les différentes hypothèses avancées par les anthropologues pour expliquer la fin de Néanderthal.
 
Dans les trois cas, le dépaysement est assuré, car si l'homme, ou la femme, de Néanderthal est notre tellement proche cousin qu'on se demande parfois s'il formait une véritable espèce différente de la nôtre, en revanche sa vie, ses modes de pensée ou le peu de fragments qu'on peut en connaître nous sont radicalement étrangers.  Petit, râblé, musculeux et massif, remarquable chasseur, Néanderthal a vécu pendant 300.000 ans en Europe et au Proche-Orient. Il a évolué différemment dans les diverses régions qu'il a peuplé, et puis il a disparu, probablement à cause de facteurs multiples, lui qui avait pourtant résisté à plusieurs glaciations.
Et avant de conclure un peu vite à notre supériorité, n'oublions que nous autres Sapiens, nous ne sommes apparu qu'il y a 200.000 ans dans le meilleur des cas, et  que nous avons encore au moins 100.000 ans à tenir avant d'en remontrer au petit gars de la vallée de Néander...

3 commentaires:

Manu a dit…

Ce Mme de Néanderthal, je le mettrais bien dans ma besace.

Valérie Mottu a dit…

C'est très drôlatique. Parfois le livre a des allures du journal de Bridget Jones, mais dans le contexte préhistorique c'est hilarant. Si tu veux passer un peu de temps en préhistoire sans te prendre la tête, c'est le bouquin à lire en ce moment. Mais c'est en lisant l'autre livre de M.Patou-Mathys qu'on se rend compte que sous la rigolade, il y a un sacré travail de chercheuse...
En tout cas si tu mets la main dessus, fais-toi plaisir !

Manu a dit…

Ouais, je crois que j'ai bien besoin de lire ce genre de trucs en ce moment. Un peu de légèreté sur la forme sans sacrifier sur le fond, ça me convient parfaitement.