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dimanche 16 octobre 2016

Roman posthume : Nos âmes la nuit, de Kent Haruf

Décédé en 2014, Kent Haruf faisait partie de ces auteurs américains issus de l’Amérique profonde, attachés à leur terroir et à l’authenticité de leur région. D’une rare discrétion, l’écrivain originaire du Colorado n’a jamais été un auteur très prolifique, mais chacun de ses romans est une petite pépite d’humanisme et de sensibilité. C’est donc sous l’oeil à la fois acéré et bienveillant d’un auteur qui se plaît à observer le quotidien des gens simples et ordinaires, que la petite ville de Holt revit à nouveau, pour notre plus grand mais hélas ultime plaisir.


Addie et Louis sont voisins et retraités, tous deux ont vécu une vie longue et riche, mais depuis le décès de leurs conjoints respectifs la solitude a fini par s’emparer de leur quotidien. Alors Addie demande un jour à Louis de lui tenir compagnie la nuit. Oh, rien de fripon dans cette proposition, juste le besoin de ne plus passer ses nuits seule, entourée par les vieux objets qui ont marqué si longtemps sa vie et transpercée par le souffle glacée des nuits hivernales. Alors Addie a songé à Louis, un homme calme, responsable et qui saura peut-être l’écouter et partager ses doutes comme ses joies. Et contre toute attente, Louis accepte la proposition d’Addie. Le soir venu, il traverse son jardin et vient frapper à la porte d’Addie, qui l’accueille dans son intimité. Couchés l’un près de l’autre, ils bavardent, se tiennent la main chastement et évoquent leurs vies respectives, la disparition de leurs conjoints, leurs doutes, leurs peines et leurs regrets. Peu à peu, s’installe l’intimité, Addie et Louis se construisent une vie commune alors que grandit leur amour, d’abord timide puis libéré de toute contrainte. Évidemment, leur relation provoque un certain émoi parmi la population de Holt, certains s’offusquent de l’indécence de la situation et leurs enfants tentent de les éloigner l’un de l’autre, comme si l’amour entre deux personnes consentantes était une offense passé un certain âge. Un petit baiser chaste entre deux vieillards suscitera probablement en société un sourire amusé, mais imaginer que les mêmes personnes puissent avoir des relations sexuelles à un âge avancé provoque des réactions que l’on croyait d’un autre âge (tout du moins dans une petite ville du Colorado).


Ce très court roman, écrit d’une plume simple et pour le moins économe en figures de styles et autres artifices d’écriture, n’est probablement pas le roman le plus impressionnant de Kent Haruf, mais la profondeur des questions qu’il suscite n’a d’égal que la puissance de son propos. Avec pudeur, mais sans tabou, l’auteur américain ose parler d’amour physique entre deux personnes âgées, et le moins que l’on puisse dire c’est que Nos âmes la nuit est une véritable leçon de vie, une ode à à la tolérance qui n’avait rien d’une évidence. A la fois drôle, poétique et tragique, mais tout en retenue, cet ultime roman de Kent Haruf clôt avec justesse le cycle que son auteur avait consacré à la ville de Holt (imaginaire, faut-il le rappeler).

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