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lundi 26 septembre 2016

Western crépusculaire : Terreur apache, de W.R. Burnett

Considéré comme un genre moribond depuis une bonne cinquantaine d’années, le western semble à nouveau connaître les faveurs des éditeurs. Certes, le marché n’est pas près d’être saturé par une production encore relativement confidentielle en France et constituée pour l’essentiel de vieux classiques du genre dont la réédition a surtout valeur patrimoniale, mais il n’empêche que l’on sent poindre comme un frémissement bien sympathique, que l’on doit essentiellement aux éditions Gallmeister (dont le catalogue prouve tout l’attachement que l’éditeur porte au genre) et aux éditions Actes Sud. C’est d’ailleurs chez ce dernier qu’a paru Terreur apache de W.R. Burnett, un grand classique de la littérature western.

Proposé dès la création de la collection “L’ouest le vrai” en 2013 et introduit par, excusez du peu, Bertrand Tavernier himself (qui se fend d’une superbe postface), Terreur apache a comme de nombreux romans western, donné lieu à une adaptation cinématographique, deux en réalité, plus ou moins fidèles à l’oeuvre originelle (Le sorcier du Rio Grande, de Charles Marquis Warren et Fureur apache, de Robert Aldrich). Le roman marque également la première incursion de W.R. Burnett dans le genre, l’écrivain étant alors déjà connu pour ses talents de scénariste à Hollywood (on lui doit le scénario du Scarface de 19) et ses nombreux polars. Fortement inspiré par la vie d’Al Sieber, chef éclaireur de l’armée américaine qui oeuvra notamment aux côtés du général Crook (célèbre pour avoir obtenu la reddition de Géronimo), Terreur apache se déroule à la fin du XIXème siècle, alors que les survivants des tribus indiennes, désormais exsangues, sont parqués dans des réserves et soumis à des conditions de vie indignes. Fiers de leur gloire passée et soucieux de préserver les dernières parcelles de liberté que les colons tentent de leur confisquer, plusieurs tribus apaches se sont rebellées sous l’égide du chef de guerre Toriano, de nombreux braves ont fui leurs réserves insalubres et ont rejoint les montagnes de l’Arizona, mettant à feu et à sang les villages de la région, pillant et tuant les colons venus s’installer sur leurs anciennes terres sacrées. Face à cette lutte de type guérilla, l’armée est désemparée et dépourvue de moyens efficaces pour contrecarrer les attaques rapides et meurtrières des Apaches. C’est la raison pour laquelle le commandement de l’armée fait appel à des éclaireurs expérimentés (indiens pour certains), menés par un homme d’exception, Walter Grein. Avec ses hommes, Grein devra traquer Toriano et le capturer avant que la confusion et la révolte ne gagnent l’ensemble des tribus indiennes locales.
    Terreur apache n’a rien du roman simpliste que l’on aurait pu craindre, ce qui, au regard du titre et du passif accumulé par de nombreux western, n’avait rien d’une évidence. Il n’en demeure pas moins que nous sommes loin, très loin même, de la subtilité et de la finesse d’analyse dont a pu faire preuve par exemple Dorothy Johnson dans ses romans. Burnett reste quasiment exclusivement centré sur le point de vue des blancs, qu’ils soient militaires, colons ou éclaireurs (bien que certains d’entre-eux soient indiens). Les grands absents sont donc les Apaches eux-mêmes, aperçus furtivement aux détours d’une embuscade, mais jamais abordés autrement que par la bande. Ce qui, avouons le, laisse le lecteur quelque peu sur sa faim. Les rares personnages indiens croisés dans le roman sont au mieux caricaturaux (violents, fourbes, mutiques, alcooliques….) au pire insignifiants. Burnett met parfois un peu d’eau dans son vin, en réservant à certaines tribus un traitement un peu plus nuancé (les Pueblos notamment) ou reconnaissant à quelque vieux chef indien une certaine dose de sagesse. Mais il faut croire que les Apaches ne sont pour lui que des barbares sanguinaires assoiffés de tueries et de rapines. En réalité, si le tableau dressé par l’auteur semble particulièrement dur à l’encontre des Indiens, il n’est que le reflet d’une époque où l’Amérique n’avait qu’une vision très parcellaire de la question indienne, ce n’est que dans les années soixante qu’une vision moins dichotomique émergea. Le roman tient donc exclusivement sur les épaules de Walter Grein, personnage assez fascinant s’il en est, solide comme un roc, engoncé dans ses certitudes et toujours sûr de son fait et de ses compétences (réelles au demeurant). La rudesse du personnage est à peine tempérée par une histoire d’amour digne d’une bluette, qui paraît pour le moins improbable mais a le mérite de ne pas trop plomber la narration. 

    Au regard de ce tableau pour le moins contrasté, on serait tenté de ranger Terreur apache dans la catégorie des westerns que l’on aurait mieux fait de conserver dans la naphtaline. Sauf qu’étonnamment, l’ensemble tient parfaitement la route et procure un véritable plaisir de lecture. Cela tient probablement au talent de narrateur de W.R. Burnett tout autant qu’aux puissantes images que le roman parvient à susciter. La réussite du roman apparaît également en creux, dans son côté crépusculaire. On sent bien poindre la fin d’un monde, celui du mythique far west, désormais conquis et civilisé. La frontière a vécu, les survivants indiens sont désormais parqués et pacifiés et leur révolte n’est qu’un dernier sursaut d’orgueil qui marque surtout la fin de leur liberté ; et Grein, malgré sa haine pour les Apaches, fait partie de leur monde. Pour lui aussi il n’y a plus de place, exit les durs à cuire et autres desperados à la gâchette facile, place à la civilisation, qui avance tel un rouleau compresseur. Alors on se plaît à contempler les derniers soubresauts d’un monde qui nous a tant fasciné par sa dureté, mais aussi et surtout par sa beauté sauvage.

2 commentaires:

Soleilvert a dit…

Enfin une chronique !
Amicalement SV

Manu a dit…

Euh, j'ai beaucoup lu pendant les vacances, mais là j'avoue que j'ai une flemme monumentale... Cela dit, quelques papiers devraient débouler durant le mois d'octobre (Glendon Swarthout, Richard Hugo et Bob Shacochis)..... faut juste que je me sorte les doigts du fondement.