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jeudi 1 octobre 2015

Top of the pops : Haute fidélité, de Nick Hornby

Roman emblématique de la génération X (eh oui, 20 ans déjà), encensé par une critique parfois encline au cirage de pompes, Haute fidélité a fait le succès de Nick Hornby et eut même l’insigne honneur d’être adapté (plutôt bien d’ailleurs) au cinéma par Stephen Frears ; il faut dire que le thème du roman était une occasion plus que séduisante de composer un film autour d’une bande originale de qualité. Hélas pour le lecteur, pas de bande son, mais une invitation permanente à découvrir ou à redécouvrir des grands classiques de notre patrimoine musical. Par chance, nous ne sommes plus au milieu des années 90 et un petit tour sur Deezer ou Youtube pourra, au cas où vous seriez trop jeune pour connaître ces standards du rock et de la pop, satisfaire votre curiosité.


    Haute fidélité est donc un roman en très grande partie centré sur la musique et pour en saisir toute la portée il est effectivement préférable d’avoir fréquenté si possible durant sa jeunesse les bacs des disquaires. Oui, je vous parle d’une époque révolue (vintage dirait-on désormais) où pour écouter de la musique il fallait se rendre dans un magasin rempli de disques ou de cassettes et faire défiler avec fébrilité et dextérité les pochettes des albums pour trouver le Saint Graal. Toute une époque ! Mais en 1995, l’ombre du marasme assombrissait déjà l’avenir des disquaires indépendants, les ogres de la grande distribution  (spécialisée ou non) déployaient leur stratégie pour tuer le petit commerce. Au diable la passion, au diable les conseils personnalisés, au diable les discussions enflammées sur les mérites du disque vinyle face au compact disc ou bien encore les débats techniques sur la supériorité supposée des enceintes trois voies sur les enceintes deux voies dans un système Hi-Fi de qualité. La musique était désormais en passe de devenir un produit de grande distribution comme un autre, à ranger entre deux caisses de lessive et un cageot de choux-fleurs. C’est ce déclin imminent dont Nick Hornby dresse le portrait, un décor dans lequel évolue Rob, 35 ans, londonien et disquaire passionné dont la boutique périclite lentement mais sûrement. Rob vient de se faire plaquer, pour la énième fois, mais n’en déplaise au principal intéressé cette rupture est probablement la plus dure,  alors il entreprend de faire le point sur sa vie et surtout sur son incapacité à passer le cap de la trentaine. L’éternel ado parle donc musique, avec une passion que l’on sent présente mais désormais mesurée, mais surtout il évoque les femmes qui ont marqué sa vie et le traumatisme que chaque séparation a provoqué dans son inconscient. A 35 ans Rob fait le point sur sa vie et constate les dégâts. Alors que Laura le quitte, il réaliste que la jeune femme a changé depuis leur rencontre, elle a pris de l’assurance, évolué dans sa carrière, gagné en maturité alors que lui vit toujours dans le même appartement décrépit, observe tétanisé la chute inexorable de son commerce de disques et se montre incapable d’aller de l’avant ; une vie bien solitaire, sans véritables amis, sans enfants et sans argent, qui désormais lui paraît insupportable.


    La réussite du roman de Nick Hornby tient à ce savant mélange de douce mélancolie, de gravité et d’humour décapant “so british”. L’ensemble est rarement pesant, souvent même léger, comme si tout cela n’était au final pas très sérieux. L’auteur prend un malin plaisir à malmener son personnage, au point de le rendre assez antipathique (l’immaturité, ça passe à 19 ans, nettement moins à 35 ans) et d’avoir envie de le secouer un bon coup. Malgré tout on s’attache à ce bon vieux Rob et contre toute attente, au regard de son contenu souvent primesautier (certains passages frisent le génie, notamment celui concernant les culottes des filles), le roman finit par prendre de la hauteur et à atteindre la profondeur qui lui faisait défaut initialement, dommage qu’à l’occasion il se montre complaisant et flirte allègrement avec la guimauve. L’ennui c’est que Haute Fidélité n’aura pas la même saveur pour tous les lecteurs. Il est probable qu’il fasse surtout vibrer la fibre nostalgique des générations nées avant 1980, qui trouveront leurs marques rapidement et souriront à la multitude de références qui émaillent le texte. Les autres… passeront certainement à côté de ce qui fait le sel de ce roman.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut camarade,
Tu me donnes très envie de le lire ce roman. Du coup, je te rends la pareille. Jette un œil du côté de Cathi Unsworth, avec Le chanteur.

Amicalement,
L

Manu a dit…

Je ne connais pas du tout, mais je me note cette référence. Merci !