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mardi 15 janvier 2013

Classique de la fantasy : Le Hobbit, de J.R.R. Tolkien

En publiant une chronique du Hobbit j’ai bien conscience de prêter le flanc à la critique et d’aucuns ne manqueront pas de souligner l’opportunisme d’une telle démarche. Mais en réalité l’affaire est fort simple.  Avant d’avoir l’immense contrariété de voir mon portefeuille allégé d’une dizaine d’euros dans le seul but de chausser une paire de lunettes 3D lourdes et encombrantes en compagnie d’adolescents avaleurs de pop corn, j’avais bien l’intention de relire le roman de Tolkien. Il faut dire que ma précédente lecture datait d’une bonne quinzaine d’années et mes souvenirs étaient plus que lacunaires. Pour la sortie du film de Peter Jackson, les éditions Christian Bourgois ont eu l’excellente idée de publier une nouvelle traduction du Hobbit, assurée par Daniel Lauzon. Une édition que je me suis empressé d’acquérir dans une version illustrée du plus bel effet, que je recommande à tous ceux qui souhaitent investir dans un beau livre et que les 35€ demandés par l’éditeur n’effraient pas (dites vous que vous léguerez ce livre à vos enfants, aux côtés des autres éditions de luxe de Tolkien que vous possédez certainement). J’avoue ne pas avoir cédé à la tentation de comparer les deux traductions et je n’entrerai d’ailleurs dans aucune polémique ; la précédente traduction datait de la fin des années soixante et avait très certainement besoin d’un dépoussiérage, notamment en ce qui concerne les noms de personnages (atrocement francisés). A la suite de la publication du Seigneur des anneaux, Tolkien avait lui-même fourni quelques instructions à destination des traducteurs, afin que la cohérence de son univers soit respectée. Faut-il pour autant s’attendre à un travail similaire sur l’édition française du Seigneur des anneaux, j’avoue que je reste dubitatif au vu de la taille monstrueuse du roman et des coûts que cela engendrerait. Mais après tout, il reste encore de quoi surfer sur la vague du succès des adaptations cinématographiques en 2013 et en 2014. A noter également que les exégètes en herbe peuvent se procurer la version annotée du Hobbit, ils se passeront des très belles illustrations d’Alan Lee mais pourront se consoler avec le matériel éditorial fourni à cet occasion. Les gens sans le sou se rabattront sur l’édition classique, voire la version poche qui n’en doutons pas bénéficiera également de cette nouvelle traduction incessamment sous peu.

Alors qu’il travaillait déjà depuis de nombreuses années sur l’univers de la Terre du milieu, Tolkien rédigea Le Hobbit  au cours des années 1920-1930, dans le seul but de divertir ses enfants. Le manuscrit, inachevé, circula quelques années dans la famille avant d’atterrir entre les mains de l’éditeur Stanley Unwin, qui demanda à l’auteur anglais de terminer et de peaufiner son roman en vue d’une publication commerciale (septembre 1937). Le roman obtint un important succès auprès du public et incita l’éditeur à commander une suite, mais Tolkien n’eut raison du manuscrit du Seigneur des anneaux que quinze ans plus tard. Loin d’être aussi colossal et sombre, Le Hobbit est avant tout une histoire destinée aux enfants, le roman est donc moins complexe et bien plus accessible que Le seigneur des anneaux, dont les péripéties se déroulent soixante ans plus tard. On y découvre quelques personnages communs, notamment Bilbo (Bilbo Baggins en VO, devenu ensuite Bilbon Sacquet dans la première traduction, puis Bilbo Bessac dans la présente), le magicien Gandalf, ainsi que d’autres personnages secondaires (Elrond ou bien encore Gloïn).

L’histoire se présente sous la forme d’un voyage aller-retour qui débute du côté de la Comté, territoire des hobbits, ces êtres proches des nains par la taille mais dont les us et les coutumes sont bien différents. Les hobbits vivent de manière excessivement civilisée dans de douillettes demeures creusées dans la terre, ils sont profondément attachés à leur art de vivre, prennent deux petits déjeuners, respectent scrupuleusement l’heure du thé et aiment fumer la pipe tranquillement installés devant leur maison. Les hobbits se distinguent également par quelques caractéristiques physiques, comme leur petite taille (de 60 cm à 1 mètre), leurs oreilles légèrement pointues et leurs pieds à la pilosité abondante. Ce peuple paisible, aimable et pacifique est profondément sédentaire. Les hobbits vivent surtout de l’agriculture et de l’artisanat. Habitant la confortable demeure de Cul de sac, Bilbo Bessac est ce que l’on pourrait appeler un hobbit aisé fondamentalement attaché à son petit confort personnel. Alors qu’il fumait tranquillement la pipe devant chez lui, il est dérangé par un personnage à l’aplomb assez remarquable dénommé Gandalf ; un magicien qui fréquente de temps à autres la Comté et divertit les hobbits par ses tours de magie et ses merveilleux feux d’artifice. Mais Bilbo n’a pas vu Gandalf depuis de nombreuses années, il ne reconnaît pas le vieux magicien et lui réserve un accueil assez peu cordial. Il n’en faut pas moins pour que Gandalf réserve au hobbit un petit tour de son cru. C’est donc avec stupéfaction que Bilbo voit débarquer le lendemain à l’heure du thé une compagnie entière de nains, commandés par le stupéfiant et autoritaire Thorin, l’héritier du roi sous la montagne (Thror). Après avoir dévalisé son garde-manger, les nains, rejoints désormais par Gandalf, lui présentent leur histoire et leur projet dont l’objectif consiste rien moins qu’à déloger le puissant dragon Smaug de l’ancienne cité des nains, située sous la montagne solitaire, afin de récupérer leur immense trésor. Dans ce plan hasardeux, Bilbo, recommandé par Gandalf, aura la difficile tâche d’incarner le cambrioleur, les hobbits ont en effet la réputation d’être extrêmement discrets, mais ils sont surtout inconnus des dragons, qui ignorent ainsi leur odeur. Leur voyage de la Comté jusqu’à la Montagne solitaire est semé d'embûches et de péripéties, ils affronteront des trolls, seront poursuivis par les gobelins, traverseront des montagnes et des forêts hostiles, seront faits prisonniers par des Elfes sylvains et devront enfin affronter un dragon d’une puissance terrifiante. Bilbo, fera également la rencontre d’un certain Gollum, à qui il dérobera l’anneau de pouvoir, celui que Sauron cherchera à récupérer dans Le seigneur des anneaux.

Ce qui frappe immédiatement le lecteur qui découvre pour la première fois Le hobbit c’est la formidable érudition de son auteur, qui ouvre la porte d’un monde féérique d’une ampleur inégalée. Certes, sa dimension est loin d’atteindre la démesure du Silmarilion ou du Seigneur des anneaux, mais cette fenêtre ouverte sur le travail de toute une vie (en 1937, Tolkien a déjà travaillé depuis plus de vingt ans sur la Terre du milieu) a quelque chose de vertigineux, surtout si l’on fait l’effort de replacer le roman dans le contexte historique et culturel de sa publication. Les langues qu’il a inventées pour les besoins de son univers, la mythologie qu’il a patiemment constituée au fil de ses écrits, tout cela transparaît dans Le hobbit de manière plus ou moins subtile et séduit l’imagination du lecteur. Avant tout adressé aux enfants, le roman a le mérite de l’accessibilité, à la fois dans le style et dans la narration ; les personnages sont bien moins nombreux et surtout moins développés que dans Le seigneur des anneaux, le style est moins empesé, plus fluide et les descriptions moins appuyées. Tolkien n’hésite d’ailleurs pas à manier l’humour  voire la poésie (par l’intermédiaire de comptines) de manière simple et pratique, ce qui contribue à la légèreté de l’ensemble, légèreté  qui n’empêche ni la gravité ni la tension de certaines situations, souvent désamorcées par un peu d’humour ou une chanson. Enfin, chaque chapitre est une petite aventure en soi, avec une introduction, un développement et une conclusion, ce qui permet une narration par épisodes très adaptée à la lecture auprès des enfants. En dehors des personnages centraux (Bilbo, Thorin, Gandalf), les autres protagonistes sont réduits à leur plus simple description, voire à quelques archétypes(tel nain est gourmand, tel autre est jeune et insouciant, tel autre est fort...), une fois encore le procédé est parfaitement adapté au niveau de lecture des enfants, sans pour autant devenir fastidieux pour les lecteurs plus âgés et forcément plus chevronnés.
Sur le plan psychologique, Le Hobbit s’inscrit dans un modèle assez classique de littérature enfantine, l’aventure de Bilbo est évidemment une quête vers la maturité, en cela il s’impose comme un pur roman initiatique. Bilbo sortira de son aventure grandi et doté d’une plus grande confiance en soi, le monde extérieur lui apparaîtra moins menaçant. Au fil du récit, la personnalité de Bilbo s’affirme, son rôle au sein de la compagnie devient prépondérant et ses initiatives se multiplient selon un schéma désormais traditionnel. En somme Le Hobbit est une excellente métaphore du passage vers l’âge adulte, même s’il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agit avant tout d’un très bon roman d’aventure.

2 commentaires:

Valérie Mottu a dit…

Si jamais je trouve le temps, je le lirais bien à haute voix. SI je me lance, je t'enverrai les fichiers sons... C'est une de mes idées farfelues du moment : lancer l'année prochaine un club lecture, où je proposerai de lire en feuilleton des romans aux élèves. Et je voudrai commencer par Heidi (j'ai un faible pour la petite suissesse). Mais le Hobbit me semble également alléchant.

Manu a dit…

Effectivement c'est un livre qui se prête particulièrement bien à la lecture à haute voix. C'était d'ailleurs sa fonction initiale. Moi j'ai commencé à le lire à Clara le soir au coin du feu, mais finalement elle est encore un peu jeune et l'univers lui paraît trop masculin (Les femmes sont peu nombreuses chez Tolkien, c'est un fait).